Jésus
est le bon pasteur

 

 

4e dimanche de Pâques
Année A – 13 avril 2008





Lectures bibliques
Ac 2, 14.36-41; Ps 22, 2-6;
1 P 2, 20b-25; Jn 10, 1-10


Jésus, héritier de David et Messie

Aujourd’hui, c’est le dimanche appelé traditionnellement du “Bon Pasteur”. C’est donc sur lui que le texte évangélique, le double enseignement de Pierre extrait des Actes des Apôtres et de sa première lettre nous invitent à réfléchir.

Le récit évangélique pourrait avoir été construit de manière à ce que l’affirmation finale : « Je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance » (Jn 10,10) soit une sorte de sceau sur tout l’enseignement et sur toute la proposition de vie de Jésus de Nazareth reconnu comme l’envoyé par excellence du Père, donc, comme le pasteur légitime du nouvel Israël, en continuité avec la dynastie royale que le Messie exprimerait.

Dans ce cas, nous pourrions lire ce passage comme une justification de la part de l’évangéliste de la manière paradoxale par laquelle Jésus de Nazareth a été élevé à la dignité de ce pasteur idéal proposé dans la figure du roi David.

Jean fait d’abord allusion à la légitimité de l’enseignement royal de Jésus, reconnu Messie, en énumérant, l’une après l’autre, les preuves qui confirment sa conclusion :

- Jésus est l’héritier légitime de David parce qu’il n’est pas monté sur le trône par des subterfuges ou des tromperies mais en passant par la porte de l’enclos. On ne dit pas de quelle porte il s’agit, mais, si nous nous souvenons de l’image de la porte étroite des Synoptiques (cf. Mt 7, 13), et des deux voies du Pentateuque (cf. Dt 30, 15), il n’est pas très difficile de conclure que, dans ce cas-ci, cette porte étroite a été la croix.

- En entrant dans l’enclos des brebis par la porte, Jésus montre qu’il est le « pasteur des brebis » (cf. Jn 10, 2); il reçoit une confirmation de sa légitimité dans la succession davidique, en reconnaissant explicitement les brebis.

Selon l’évangéliste, cette reconnaissance advient parce que les brebis :
- « écoutent sa voix » (Jn 10, 3);
- s’entendent appeler par leur nom. « Il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir » (Jn 10, 3).
- elles ne se sentent pas abandonnées ou en danger parce que « quand il a conduit dehors toutes ses brebis, il marche à leur tête, et elles le suivent car elles connaissent sa voix » (Jn 10, 4).
La légitimité de Jésus comme héritier de David et Messie est donc hors de discussion, car seul un prétendant présomptueux comme Absalon (cf. 2 S 15-18), assimilable plus à un voleur et à un brigand qu’à un héritier légitime, aurait choisi de conquérir le trône en passant non pas par la porte mais « en escaladant par un autre endroit » (Jn 10, 1).

De plus, la légitimité est renforcée par le fait que le service pastoral exercé par Jésus a été manifestement différent de celui des pasteurs dont le prophète Ezéchiel (cf. Ez 34) avait parlé dans les temps anciens, pasteurs qui provoquaient plutôt la fuite des brebis qui « ne reconnaissaient pas la voix des inconnus » (Jn 10, 5).

La porte étroite de la croix

Une fois accompli ce premier acte de reconnaissance relié à la personne de Jésus, l’évangéliste en propose un autre où il ne s’agit plus de la légitimité de Jésus mais de celle de ses disciples.

Le changement de sujet dans les paroles attribuées à Jésus le montre clairement : « Amen, amen, je vous le dis : Je suis la porte des brebis » (Jn 10, 7).

En restant dans la perspective de foi propre au christianisme, nous devons conclure qu’il s’agit là d’une véritable identification de la croix au crucifié.

La porte dont il était question dans la première partie devient ainsi une seule chose avec la personne même de Jésus.

En passant par la porte étroite de la croix, Jésus avait démontré son authenticité d’envoyé du Père; maintenant, il devient le critère d’authenticité pour ceux qu’il a envoyés.

Cela signifie que Jésus exerce la royauté de David non seulement en guidant les brebis au pâturage avec une attention très personnelle, mais aussi en exerçant à leur égard le précieux service de protection et de défense qu’on attend toujours d’un roi dont on a vérifié l’authenticité dynastique.

En réalité, il y avait eu de nombreux prétendants qui, comme Absalon, s’étaient présentés en prétextant des droits de succession qu’ils n’avaient pas, mais, une fois l’héritier légitime découvert, ils avaient fondu comme la neige au soleil, et ils avaient dû enlever leur masque, révélant leur véritable identité de « voleurs et de bandits » (Jn 10, 8). C’est pour cette raison que « les brebis ne les ont pas écoutés ».

Le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis

Comme cela arrive souvent dans l’Évangile selon Jean, la troisième partie du récit est une reprise des deux discours faits précédemment, pour les développer et les approfondir.

L’évangéliste souligne d’abord la liberté qu’expérimenteront ceux qui, ayant découvert le pasteur authentique, savent qu’ils peuvent se fier totalement à lui qui a dit : « Je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé » (Jn 10, 9). En effet, ils n’ont pas peur de lui. Avec une confiance extrême, ils entrent et sortent tranquillement conne des enfants de la famille, sachant que le pasteur ne leur laissera rien manquer de ce dont ils ont besoin.

Il y a ensuite un rappel qui accentue la différence fondamentale entre le climat à peine décrit du rapport de confiance existant entre le pasteur authentique et ses brebis, et l’affolement que provoque le voleur qui «ne vient que pour voler, égorger et détruire » (Jn 10, 10).

Tout se termine par le message fondamental du récit tout entier que nous avons identifié dès le début : « Je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance ».

I. Gargano